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Editorial

Qui est femme en Haïti aujourd’hui ?

Max Guybert LYRON

Question d’apparence simple. Presque naïve. Pourtant, elle révèle la profondeur d’une fracture culturelle qui traverse aujourd’hui notre société. Nos grand-mères savaient qui était femme.

C’étaient celles qui portaient la famille. Elle transmettaient les coutumes et les proverbes. Elles imposaient le respect par la force tranquille, sans se soustraire à l’incarnation d’une féminité plurielle, ni soumise ni fantasmée. Nécessaire, tout simplement.

Mais voilà qu’affluent désormais d’autres définitions, forgées dans les universités occidentales, sinon codifiées dans les manuels de genre. Ces discours, aussi légitimes soient-ils ailleurs, s’imposent ici avec la violence d’une évidence universelle. Et voilà nos complexités réduites à des cases, quand elles demeurent encore.

Car le paradoxe est troublant. Tandis que nous adoptons les luttes identitaires du Nord (débats essentiels certes, mais conçus dans d’autres contextes historiques) nos propres structures de résistance féminine se trouvent repoussées en marge, jugées insuffisamment « modernes ». La fanm vanyan, cette figure centrale de notre imaginaire collectif qui combine résistance économique et tendresse maternelle, disparaît des représentations valorisées.

A la place, des modèles importés qui, faute d’enracinement, alimentent les polarisations. Nos jeunes femmes se retrouvent sommées de choisir entre une tradition réputée arriérée et une modernité présentée comme la rupture nécessaire. Comme si notre propre histoire d’émancipation, n’avait jamais existé.

Il ne s’agit nullement de rejeter les évolutions nécessaires ni de sanctuariser un passé mythifié.Ce que nous refusons, c’est une colonialité du savoir qui nous dépossède même de nos propres questions.

Alors, qui est femme en Haïti aujourd’hui ?

La réponse viendra de nos propres négociations entre héritage et devenir, lorsque nous accepterons peut-être, de définir nos termes et de nommer nos expériences. Lorsque nous nous déciderons de penser notre libération depuis nos langues et nos mémoires.

L’indignation inavouée des héritiers de 1804

À l’approche du 7 février 2026, Port-au-Prince s’agite. Tantôt par le mouvement des meringues carnavalesques, tantôt par celui des aéronefs et navires battant pavillon américain.

Dans ce théâtre où la souveraineté reste bien à son état de concept de droit constitutionnel (puisque nous en sommes à mille lieues), les communications de l’ambassade américaine font office de directives. Rien de nouveau dirait l’Ecclésiaste.

Le soutien des Etats-unis au gouvernement, ne fait pas qu’ébaucher les contours d’une position à comprendre. C’est une énième confirmation, avec cette désinvolture propre à l’Empire de l’Ouest, que le destin d’Haïti s’est toujours joué ailleurs que dans le cœur de ses citoyens.

Les dialogues de sourds qui se sont succédé n’ont apporté que tristesse et amertume. Nous assistons impuissants à l’échec des démarches de concertation, qui bien que nécessaires, ont échoué accoucher d’une solution capable de briser le cycle des transitions éternelles.

C’est précisément dans ce contexte que le soutien affiché des États-Unis au Premier ministre haitien crée un malaise certain. Pour ce peuple dont l’acte de naissance est une rupture radicale avec les fers de l’oppression et de l’ingérence, ce support est une blessure profonde.

Le drame réside peut-être dans une pudeur que l’on pourrait qualifier de tragique : alors que le peuple haïtien semble incapable de mettre en œuvre un projet consensuel viable, il aspire à une rupture constructive. Il se trouve maintenant que le besoin de laver l’affront d’une tutelle qui n’est plus voilée est aujourd’hui devenue l’affaire principale.

On assiste à un combat intérieur entre le besoin de stabilité pour nos enfants, nos familles, notre pays ; et ce refus viscéral de revenir à la servitude.

Voilà le drame des héritiers de 1804, qui refusent d’admettre que leur destin soit en train de leur échapper, préférant parfois le silence au cri de l’impuissance.

Stephanie B.

Crime économique : éditorial du 2 septembre 2025

Harley Dossous

Certains analystes plus ou moins avisés questionnent l’appellation donnée à la situation d’Hayti en la qualifiant d’insécurité.

Une maladie mal diagnostiquée met en péril la vie du patient, l’exposant à de fausses prescriptions et de mauvais traitements.

Qualifier cela d’INSÉCURITÉ, c’est passer à côté, c’est minimiser, c’est discriminer, c’est risquer de ne pas trouver la formule adéquate pour poser définitivement les bases de la STABILITÉ d’Hayti.

Est-ce que cette qualification au rabais de la situation dès le début ne serait pas à la base de sa non-résolution persistante, l’intelligentsia haytienne ayant été pour la plupart erronée et prise au dépourvu ?

On dit qu’un problème identifié est à moitié résolu. Si tel est le cas, sauf omission ou erreur de diagnostic, le problème d’Hayti aurait déjà été résolu, puisqu’il aurait été identifié.

Récemment, on a entendu un haut dirigeant de l’État évoquer le concept de budget de guerre. Un mot qui n’aura vécu que le temps de sa déclaration et qui n’a plus aujourd’hui qu’une valeur historique.

Les mots n’ont de sens que dans leur contexte. D’aucuns se demandent pourquoi cette ambivalence.

Pourquoi pas un budget d’insécurité tout court ?

Ou l’on est en guerre, ou l’on est en insécurité. Et à chacune de ces situations s’impose une disposition appropriée.

En guerre, les règles d’engagement ne sont pas les mêmes : certains droits sont suspendus, les libertés individuelles restreintes, etc. L’État a la latitude de déployer tout son arsenal – les prérogatives exorbitantes du droit commun – pour agir et protéger la collectivité.

En attendant un rapport d’experts venant faire parler les chiffres, globalement les pertes matérielles subies par Hayti durant ces quatre (4) années de cauchemar, quatre années d’atrocités et d’inhumanités, sont inestimables. On évoque déjà des billions et des billions de dollars. Que dire des pertes en vies humaines ?

Il semble que les conseillers économiques de l’État n’ont pas su faire prévaloir leur expertise en priorisant la notion d’avantage comparatif.

Au-delà d’un simple phénomène que certains, à tort et à travers, qualifient de “phénomène d’insécurité”, il semble que ce soit plutôt un vaste crime économique et humanitaire dont l’aboutissement final consiste en l’extinction de l’économie locale déjà moribonde et l’appauvrissement des familles haytiennes déjà en situation de vulnérabilité.

In fine, à qui profite le crime odieux ?

Hayti et sa fatalité

Harley Dossous

L’une des plus graves erreurs pour le moins catastrophiques et irréversibles du peuple haytien c’est d’avoir pendant plus deux siècles investi dans un système éducatif qui n’avait jamais tenu compte du SAVOIR-FAIRE et du SAVOIR-ÊTRE de l’Homme.

Au demeurant, on récolte des Hommes et des femmes avec pour la plupart des esprits détournés, des déviants de la citoyenneté-Responsable.

Tel serait donc le mal social qui nous guette et nous pursuit jusqu’à la gouvernance ou la non-gouvernance d’État.

Aussi longtemps qu’on ne met pas fin à l’hémorragie éducative, aussi longtemps qu’on persiste dans ces voies détournées, on continuera à nager dans les eaux troubles de l’apprentissage pour une société de rage.

Esclavage VS Pauvreté

Harley Dossous

D’abord, il s’agit de deux concepts irritants frisant l’indécence et affectant tous deux gravement la dignité humaine

Si au prix du sang et de luttes interminables, l’esclavage aurait conventionnellement disparu, la Pauvreté quant á elle persiste encore dans ses effets pervers et immédiats.

Mais ce qui est surtout navrant et sidérant chez la Pauvreté, c’est son Pouvoir inexorable de destabilisation de l’esprit humain

Différentes acceptions sont admises s’agissant de la Pauvreté. Dans ce chapitre, on aborde la Pauvreté sous l’angle typiquement matériel se caractérisant par l’absence de ressources, l’incapacité d’un individu ou un groupe de personnes d’accéder aux biens et services essentiels pour vivre dignement.

Tyrannique, la Pauvreté ne se limite pas au seul fait de possession ou de non- possession. Des riches-pauvres, il y en a beaucoup. Tout comme il y a des pauvres-riches.

En attendant des recherches et des études plus approfondies en laboratoire venant scientifiquement corroborer la thèse, mais il semble selon nos observations que certains faits et gestes, certains comportements, certains raisonnements pour le moins atypiques résulteraient des séquelles engendrées par la Pauvreté elle-même.

Il parait en effet curieux de confronter le système dit Esclavagiste à celui de la Pauvreté présentant à la fois des similarités et des disparités, des concordances et des discordances. Ils se ressemblent mais se distinguent chacun spécifiquement

Les deux concepts sont en effet trop complexes et trop controversés pour les diagnostiquer et les approfondir ici. On se contente pour animer les méninges, d’en effleurer quelques aspects.

À bien analyser et à bien comprendre, la Pauvreté serait donc une version améliorée de l’esclavage mais avec certaines particularités plus subtiles que l’esclavage lui même.

Dans l’esclavage, l’esclave est pris en charge d’une certaine manière et subit une forme de CONTRÔLE spécifique, il a donc une Responsabilité limitée.

Mais dans la Pauvreté, le pauvre est responsable de sa survie, il doit se débrouiller tout seul pour manger à sa faim, boire à sa soif, dormir à son sommeil, se loger à sa convenance.

Le pauvre, tout en ayant les mains et les pieds libres se voit littéralement limité dans ses capacités d’action et de Réflexion. Le pauvre ne prend pas de réelle décision pour lui-même. Du moins, les décisions qu’il peut prendre sur sa vie sont très restrictives, elles sont donc voilées et nuancées.

Le pauvre serait alors plus vulnérable et plus dangereux que l’esclave lui-même parce qu’ayant les mains et les pieds libres, il pourrait donc toucher aux choses interdites et pénétrer des espaces sensibles.

Et l’esclave et le pauvre sont en réalité tous deux victimes, qui ne sont pas responsables de leur sort. Personne n’a demandé à être esclave, comme personne n’aurait jamais aimé connaitre l’infâmie de la Pauvreté. Mais l’esclave et le pauvre seront pris totalement pour responsables s’ils ne démontrent pas au moins la volonté de s’en affranchir.

In fine, Il semble presqu’impossible d’éradiquer la Pauvreté en soi, la richesse elle-même crierait au scandale et à l’injustice. Étant donné qu’il faut donner à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Équilibre oblige.

On n’est pas du nombre de chimères prônant l’égalité entre tous; ce qui n’existera jamais d’ailleurs, mais l’Équité au sein d’une société parait plus Juste offrant des opportunités à tous.

La Pauvreté comme phénomène social, a été toujours et reste encore de toute l’histoire la plus grande menace des peuples.