L’indignation inavouée des héritiers de 1804
Publié le 4 février 2026 par Publicus Press

À l’approche du 7 février 2026, Port-au-Prince s’agite. Tantôt par le mouvement des meringues carnavalesques, tantôt par celui des aéronefs et navires battant pavillon américain.
Dans ce théâtre où la souveraineté reste bien à son état de concept de droit constitutionnel (puisque nous en sommes à mille lieues), les communications de l’ambassade américaine font office de directives. Rien de nouveau dirait l’Ecclésiaste.
Le soutien des Etats-unis au gouvernement, ne fait pas qu’ébaucher les contours d’une position à comprendre. C’est une énième confirmation, avec cette désinvolture propre à l’Empire de l’Ouest, que le destin d’Haïti s’est toujours joué ailleurs que dans le cœur de ses citoyens.
Les dialogues de sourds qui se sont succédé n’ont apporté que tristesse et amertume. Nous assistons impuissants à l’échec des démarches de concertation, qui bien que nécessaires, ont échoué accoucher d’une solution capable de briser le cycle des transitions éternelles.
C’est précisément dans ce contexte que le soutien affiché des États-Unis au Premier ministre haitien crée un malaise certain. Pour ce peuple dont l’acte de naissance est une rupture radicale avec les fers de l’oppression et de l’ingérence, ce support est une blessure profonde.
Le drame réside peut-être dans une pudeur que l’on pourrait qualifier de tragique : alors que le peuple haïtien semble incapable de mettre en œuvre un projet consensuel viable, il aspire à une rupture constructive. Il se trouve maintenant que le besoin de laver l’affront d’une tutelle qui n’est plus voilée est aujourd’hui devenue l’affaire principale.
On assiste à un combat intérieur entre le besoin de stabilité pour nos enfants, nos familles, notre pays ; et ce refus viscéral de revenir à la servitude.
Voilà le drame des héritiers de 1804, qui refusent d’admettre que leur destin soit en train de leur échapper, préférant parfois le silence au cri de l’impuissance.