Skip to content Skip to left sidebar Skip to right sidebar Skip to footer

Qui est femme en Haïti aujourd’hui ?

Max Guybert LYRON

Question d’apparence simple. Presque naïve. Pourtant, elle révèle la profondeur d’une fracture culturelle qui traverse aujourd’hui notre société. Nos grand-mères savaient qui était femme.

C’étaient celles qui portaient la famille. Elle transmettaient les coutumes et les proverbes. Elles imposaient le respect par la force tranquille, sans se soustraire à une l’incarnation d’une féminité plurielle, ni soumise ni fantasmée. Nécessaire, tout simplement.

Mais voilà qu’affluent désormais d’autres définitions, forgées dans les universités occidentales, sinon codifiées dans les manuels de genre. Ces discours, aussi légitimes soient-ils ailleurs, s’imposent ici avec la violence d’une évidence universelle. Et voilà nos complexités réduites à des cases, quand elles demeurent encore.

Car le paradoxe est troublant. Tandis que nous adoptons les luttes identitaires du Nord (débats essentiels certes, mais conçus dans d’autres contextes historiques) nos propres structures de résistance féminine se trouvent repoussées en marge, jugées insuffisamment « modernes ». La fanm vanyan, cette figure centrale de notre imaginaire collectif qui combine résistance économique et tendresse maternelle, disparaît des représentations valorisées.

A la place, des modèles importés qui, faute d’enracinement, alimentent les polarisations. Nos jeunes femmes se retrouvent sommées de choisir entre une tradition réputée arriérée et une modernité présentée comme la rupture nécessaire. Comme si notre propre histoire d’émancipation, n’avait jamais existé.

Il ne s’agit nullement de rejeter les évolutions nécessaires ni de sanctuariser un passé mythifié.Ce que nous refusons, c’est une colonialité du savoir qui nous dépossède même de nos propres questions.

Alors, qui est femme en Haïti aujourd’hui ?

La réponse viendra de nos propres négociations entre héritage et devenir, lorsque nous accepterons peut-être, de définir nos termes et de nommer nos expériences. Lorsque nous nous déciderons de penser notre libération depuis nos langues et nos mémoires.