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L’« échecs » des Fédérations

Solidarité inter-intra fédérale en panne 

Après avoir été favorablement impressionné par le geste inédit et d’une élégance rare posé par le président Jacky Lumarque de la Fédération Haïtienne d’Échecs, le 26 février dernier, à l’endroit du Comité de Normalisation (CN) de la Fédération Haïtienne de Football (FHF), j’en suis venu à me poser la question suivante : Et si la Fédération d’échecs était la seule à avoir compris que la victoire des Grenadiers est l’affaire de toute une nation ?

Alors qu’elle offre plusieurs jeux d’échecs à la présidente du CN, Monique André, pour permettre aux Grenadiers de favoriser leur détente et d’aiguiser leur réflexion lors de leurs regroupements, une autre question, tout aussi lancinante, taraude mon esprit : Où sont donc les autres fédérations ?

Un beau symbole : la « Fédération des Échecs a dit « HONNEUR » et le CN de la FHF a répondu « RESPECT », scellant un rapprochement inédit entre deux disciplines au service des sportifs et de l’identité nationale. Voilà qui témoigne d’une compréhension selon laquelle le Sport, dans son essence, est une grande famille avec comme message subliminal : « Vous portez nos couleurs, vous portez nos espoirs, et nous, fédération sœur, nous vous soutenons à notre manière. »

Malheureusement, ce beau geste jette une lumière crue sur un silence assourdissant consacrant l’étonnant silence des autres fédérations sportives. Le Comité Olympique Haïtien lui-même a pris la parole pour adresser « un vibrant hommage aux Grenadiers » après cette qualification historique, mais les fédérations sœurs sont restées muettes. Pas de communiqué officiel. Pas de note de félicitations publique. On cherche en vain, sur les sites et les réseaux sociaux, un mot de soutien de la part de la plupart d’entre elles. 

J’ose espérer que quelques félicitations officieuses et amicales ont pu être échangées au détour d’un coup de fil. Mais la marque publique, celle qui compte aux yeux de l’observateur avisé que nous sommes et de la nation, celle qui forge le récit collectif à un moment où l’unité nationale aurait pu être consolidée par l’exploit sportif, n’a pas eu lieu.

Ce vide, ce manque patent de solidarité interfédérale, n’est-il pas le symptôme d’un mal profond qui ronge le Sport haïtien : le cloisonnement, l’individualisme, la méfiance interassociative, intra- et interfédérale ? Dans ce silence troublant, il s’est creusé un vide. Et comme la nature a horreur du vide, d’autres s’y sont engouffrés. Des individus n’ayant jamais trempé un maillot ni dirigé un club se sont improvisés porte-parole du mouvement fédéral, récupérateurs d’un mouvement sportif qu’ils n’ont nullement contribué à bâtir.

Les Grenadiers vont bientôt défendre nos couleurs en Amérique du Nord : il faut leur témoigner notre fierté et nos meilleurs vœux. La Fédération d’échecs a montré l’exemple, comprenant que le développement du Sport est un tout, que la victoire des uns est celle des autres.

On parle souvent du caractère « fédérateur » du Sport. S’il est peut-être trop tard pour des félicitations officielles, l’élan du 18 novembre étant retombé, il ne l’est certainement pas pour que toutes les fédérations sportives nationales trouvent les mots idoines pour adresser, à l’unisson, des vœux solennels, chaleureux et sincères de réussite aux Grenadiers qui s’apprêtent à fouler les pelouses nord-américaines : « Allez, Grenadiers, faites briller Haïti ! » Ce serait là le plus beau des rattrapages.

Mais ce geste de maturité sportive des fédérations, que j’appelle de mes vœux, enfin unies derrière un idéal sportif commun, ne pourrait-il pas aider à juguler, tant soit peu, ce « paraître de la déchéance » qui ressort si prégnant aujourd’hui des interventions publiques des titulaires des plus hautes fonctions de l’État ?

Mickelson Thomas
Amant du Sport
Ex-DG du MJSAC.
mickelsonthomas.com