Quand les médias tuent la démocratie
Publié le 2 février 2026 par MGL
En Haïti, l’information ne meurt pas brusquement ; elle s’évapore. Ce qui reste occupe l’espace, mais ne remplit plus sa fonction.
Entre la quête désespérée de rentabilité et l’alignement servile sur la communication officielle, le journalisme s’érige en complice involontaire de l’irresponsabilité de l’État.
Le constat est triste : la grande partie des médias a remplacé l’enquête par la simple retransmission.
Aujourd’hui, les institutions publiques, pourtant redevables de chaque centime et de chaque décision, ne sont plus questionnées. Elles annoncent et les médias amplifient.
Ce mécanisme transforme le journaliste en agent de relations publiques.
Lorsqu’une entité étatique publie un communiqué, ou relate une activité réalisée, la mission de la presse n’est pas uniquement de le reprendre, mais surtout d’en disséquer les zones d’ombre.
La pratique désormais systématique de relayer la parole officielle valide une réalité construite par le pouvoir, laissant la population naviguer dans les méhandres d’une propagande institutionnelle.
Le prix de la survie ?
Certes, le contexte économique est difficile. Pour survivre, les plateformes médiatiques (ou de contenus) sont vendus au plus offrant, sans égard pour la réputation des personnes ou la véracité des faits.
La dictature des algorithmes et les nouveaux modèles de rémunération poussent à la facilité.
Mais jamais, le journalisme n’a été un métier de facilité, au contraire.
Cette survie a pourtant un coût social exorbitant. En acceptant de devenir des chambres d’écho, les médias trahissent leur contrat moral avec le citoyen. Avec la vérité. Avec l’état de droit.
Celui qui paie pour ce renoncement, c’est bien le consommateur de l’information.
Le citoyen haïtien se retrouve seul face à une machine d’État qu’il ne comprend plus, faute d’interprètes crédibles.
Il est urgent de revenir aux fondamentaux. Le journalisme doit retrouver ses titres de noblesse, une discipline de la vérification, gardien de la vérité.
L’État ne sera tenu pour responsable de ses actes que si la presse cesse d’être le premier artisan de son impunité.
Rompre avec ce cycle de complicité requiert un courage éthique.