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Tragédie à la Citadelle : prévenir la prochaine catastrophe !

Mickelson Thomas

Dans cette double épreuve, patrimoniale et humaine, survenue à la Citadelle Laferrière le 11 avril 2026, l’État a, une fois de plus, été saisi après coup, exposant ses défaillances criantes d’anticipation publique et de préparation institutionnelle.

Le point décisif, pourtant, ne se limite ni au deuil, ni aux sanctions, ni même à la seule recherche des responsabilités.

Il réside d’abord dans cette difficulté persistante de notre gouvernance publique à penser les risques avant que les drames qui en découlent ne produisent des blessés, des morts et une onde de choc nationale.

La vraie question est donc liée à la prévention: qu’a-t-on réellement mis en place pour éviter qu’un tel drame survienne ? Pour rappel, en juillet 2012 déjà, le Président Joseph Michel Martelly s’alarmait publiquement de l’abandon et de la non-gestion de la Citadelle ; 14 ans plus tard, le site semble encore payer le prix des mêmes négligences.

La prévention véritable […] ne s’improvise pas au lendemain d’un drame, dans l’urgence des communiqués et des réunions de circonstance.

En effet, l’anticipation, la préparation opérationnelle et la mitigation occupent, malheureusement encore, une place marginale dans l’action publique, alors que la réaction circonstancielle déploie avec rapidité son répertoire désormais familier : hommages, discours, annonces, et démonstrations de fermeté. Les 3 jours de deuil national décrétés s’inscrivent dans cette séquence, sans toutefois épuiser le problème de fond.

Et pour cause, la gestion d’un lieu de la nature de la Citadelle impose pourtant la mise en place d’un écosystème de vigilance appelant une maîtrise des accès, une régulation stricte des usages, une lecture rigoureuse des vulnérabilités, une attention particulière à la topographie, à l’affluence, aux mouvements de foule, ainsi que des dispositifs médicaux de secours adaptés.

Lors même qu’un événement serait autorisé dans une logique de promotion touristique, un tel espace exigerait des procédures précises, une capacité d’accueil strictement encadrée, des agents formés, un encadrement visible, ainsi qu’une autorité capable d’arbitrer à partir du risque, et non dans le sillage de l’improvisation.

C’est dans cette perspective que plusieurs questions, troublantes et révélatrices, méritent d’être posées:

  1. Ne faisons-nous pas fausse route dans notre architecture politico-administrative lorsque, au lieu de renforcer durablement les capacités des ministères, nous privilégions des initiatives d’affichage, des commissions éphémères et des dispositifs sans portée structurante ni continuité institutionnelle ?
  2. N’existe-t-il pas des mécanismes préalables d’évaluation technique intégrant un plan de sécurité, un dispositif médical approprié et une coordination inter institutionnelle obligatoire pour la gestion d’événements d’envergure autorisés ?
  3. Que vaut une police touristique trop peu visible là où la protection des lieux classés devrait relever d’une priorité opérationnelle ?
  4. Quel doit être le rôle des Brigadiers d’Action civique du MJSAC si leur mission ne s’étend pas à la prévention, l’orientation des publics, l’encadrement civique des rassemblements et la sensibilisation sur les sites patrimoniaux ?

La prévention véritable suppose pourtant des institutions solides, dotées de moyens, de compétences, de continuité et d’une culture de coopération. Elle ne s’improvise pas au lendemain d’un drame, dans l’urgence des communiqués et des réunions de circonstance.

Elle se construit en amont, dans la conception même de partenariats interinstitutionnels fondateurs entre ministères et collectivités, dans une dynamique où la déconcentration administrative et la décentralisation territoriale forment le socle d’un État cohérent, fort et pleinement voué à la protection du public.

Ce drame du 11 avril 2026 devrait ainsi ouvrir un chantier plus ambitieux que celui des seules journées de deuil et des sanctions : audit de sûreté des sites historiques, cartographie des risques, plans d’encadrement professionnel des événements publics, renforcement des capacités des agents concernés (brigadiers, policiers, secouristes, soldats) et élaboration d’une politique cohérente de mitigation articulant patrimoine, protection civile, police administrative et civisme.

Sans cela, l’État, une fois encore, paraîtra plus habile à accompagner, parfois très maladroitement, les blessures et les deuils qu’à empêcher qu’ils surviennent à nouveau.

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